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11 décembre 2011 7 11 /12 /décembre /2011 12:37

Pseudo-Compte rendu des débats de Paris 8 et de la Bourse du Travail

 

Ici où là, des collectifs tentent d’ouvrir le débat, ou du moins de le rouvrir en prévision d’une révolte sociale en germe. Les préoccupations tournent autour de la question des stratégies, notamment celles à adopter en cas d’étincelle, pour que « l’insurrection qui vient » ne nous échappe pas comme toujours, récupérée et anéantie par le pouvoir. Ça répond à une triple angoisse qu’on a tous : si jamais ça pète, comment on se positionne, comment on procède et avec qui on s’organise ?

Ce jeudi à Paris 8 et ce vendredi à la Bourse du Travail de la rue du Château d’eau, des débats ont été organisés par des collectifs politiques qui ont le mérite de vouloir mettre de côté leurs étiquettes pour donner toute sa chance au débat d’idées. Contestables ces collectifs ? Oui, sans doute, comme tout groupe politique qui se risque à tenter d’« unifier » des sensibilités et tendances politiques que beaucoup oppose : on se réunit souvent en collectif avec les gens qu’on côtoie, donc forcément en fonction d’affinités politiques. Du coup, dans la façon dont ces débats s’organisent, il y a forcément un parti-pris initial qui se dégage.

Certains pointent aussi du doigt les lieux choisis par ces collectifs pour se réunir : ici on accuse une « avant-garde » d’avoir choisi un amphi de fac, ici des « syndicalistes » de se réunir dans une bourse du travail. Mais au final, tout le monde s’en fout de la couleur des murs et il n’y a guère que les puristes qui s’en offusquent. Cependant, on aimerait pouvoir leur demander de proposer de meilleurs lieux, ce qu’ils ne font pas : la recherche du consensus politique semblent leur faire peur ou les emmerder carrément. Ils ne sont jamais dans les débats organisés hors de leur « milieu ».

Au final, qu’est-ce qu’il ressort de ces deux débats ?

Le premier, organisé par le NPA et Sud à la fac n’était pas bien rempli, une trentaine de personnes tout au plus. Deux intervenant invités, l’un tunisien et l’autre espagnol, y ont présenté leurs luttes respectives, puis les discussions se sont axées particulièrement sur la lutte des indigné.e.s et leurs spécificités locales. Le mouvement espagnol nous apparaît comme bien plus éveillé qu’en France, et plus abouti et radical à Barcelone qu’à Madrid, car plus en lien avec les luttes locales de travailleurs. Par ailleurs, un constat semble s’imposer : la révolution tunisienne n’est pas aboutie, elle apparaît comme une nouvelle « transition » sans réel bouleversement politique. Malheureusement, le débat ne dépasse pas les constats théoriques et ne s’engage pas vraiment sur le terrain des pratiques révolutionnaires, comme on l’aurait espéré en voyant son titre « Quelles stratégies pour les révolutions du XXIème siècle ? ». On reste dans l’analyse quasi historique. Pour autant, on sent dans les questions qu’il existe une envie de « faire mieux »...

Le second, organisé par le Comité de lutte de travailleurs interpro de la Gare de l’Est né durant la lutte contre la réforme des retraites (fin 2010), a réuni également une trentaine de personnes. Dans ce débat se sont affirmées trois tendances (grosso modo) : la première, trotskyste et partisane d’un pouvoir aux soviets de travailleurs mais sans Etat, la seconde, bolcheviste et favorable à un Etat ouvrier s’imposant par la violence (communiste autoritaire), la troisième, anarchiste (communiste libertaire) et hostile à l’idée d’une révolution planifiée et/ou favorable au spontanéisme insurrectionnel (mais réfléchi tout de même). Une bonne partie de la discussion s’est braquée sur l’histoire des mouvements révolutionnaires et a pointé très rapidement les points de dissensions historiques entre les diverses tendances du communisme (rapport au pouvoir et à l’autorité, utilisation de la violence et de la lutte armée, existence d’un Etat et d’un « programme révolutionnaire », lutte des classes, ouvriérisme...). Occulté par ces points de désaccord, la réflexion sur les stratégies et pratiques pour une révolution de nos jours s’est noyée dans un faux débat entre personnes pour lesquelles le consensus est impossible, mais qui tentent de se convaincre qu’elles peuvent évoluer dans une lutte commune.

Pour autant, la rencontre est indispensable, car le conflit est nécessaire. Discuter, confronter nos idées, permet de soumettre perpétuellement ses propres idées à la critique et de ne pas s’enfermer dans des certitudes. On manque fortement (en France) de passerelles entre les différents collectifs et courants révolutionnaires et/ou insurrectionnalistes.

De ces débats ressortent, selon moi, des questionnement fondamentaux :

- Quelles doivent être les étapes stratégiques d’une révolte pour qu’elle aboutisse sur une vraie transformation ?

- Quelle est la meilleure forme d’organisation collective pour éviter la récupération et la trahison ?

- Que se passe-t-il en cas de prise des armes si on n’a pas réfléchi au préalable à des stratégies pour éviter les nouvelles prises de pouvoir autoritaires ?

- N’est-il pas indispensable de discuter en tout premier lieu de notre rapport à l’autorité, au pouvoir et à l’Etat avec les autres composantes du mouvement révolutionnaire avant de concocter des alliances stratégiques ?

- Ne serait-il pas pertinent de définir collectivement l’ensemble des caractéristiques, aspects et formes de la contre-insurrection afin que chacun soit en mesure de distinguer les « amis » des « ennemis » ?

L’anéantissement des soviets et le massacre des anarchistes ukrainiens (makhnovistes) et russes (marins de Kronstadt) par les bolcheviks, la compromission des anarchistes dans la république espagnole des années 1930, la trahison des travailleurs par les centrales syndicales jusqu’à nos jours, la collaboration du PAME avec la police contre les manifestants en Grèce, l’attachement indéfectible d’une majorité de la population à l’Etat dit "providence", l’incapacité des mouvements insurrectionnels à vaincre face au techniques de la contre-insurrection et à la puissance des polices et armées contemporaines, etc., sont autant de réalités historiques et politiques qui doivent alimenter nos réflexions afin qu’on puisse envisager des stratégies de révolte nous permettant d’éviter de nouveaux échecs...

I.B.

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  • Enfin ca bouge un peu10 décembre 02:08

    Oui mais la au moins d’accord ou pas d’accord entre eux les gens débattent ça change des illuminés de la défense et leur démocratie réelle à la sauce new age a la c...

  • Si un collectif te convient pas dans son organisation et son fonctionnement tu as deux options :

    1. te plaindre et théoriser ta plainte, ce que tu fais avec un talent tres partagé dans les milieux libertaires. 2. animer ta propre tendance dans le collectif (ou en initier un autre) et sensibliser aux questions que tu poses pour qu’elles soient traitées.

    Évidemment la 2e façon exige de ne pas se limiter à une lecture victimologique de sa propre identitié politique. Sa suppuse donc une longue lutte préalable contre soi-meme.

  • En l’occurence, j’ai adopté la deuxième option et j’ai fais un compte rendu aussi ici de ce que j’en ai tiré. Je ne comprends pas ta critique Pedro. Est-ce que tu essayes de supposer les sentiments qui m’animent, comme une sorte de super-voyant ? Et où est-ce que tu vois une quelconque forme de victimisation ?

Transmis par Eva Lock Khwua

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Published by Nosotros.Incontrolados//Les Amis du Négatif - dans GUERRE SOCIALE
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