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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 14:14
author par Mpublication date dimanche 17 février 2013 - 17:45Notifier cet article/commentaire aux moderateur-ice-s



Un petit texte que je viens d'écrire, d'après ce que j'ai vécu hier ((anonyme)) :

Je suis ceinture noir de Judo. A la base je bossais dans le théâtre quand j'habitais à Sidi Bel Abbès en Algérie, je faisais les décors. Mon père est un tailleur connu là-bas...


Il y a 5 ans je suis tombé amoureux de Nicole, et me suis arraché à mon pays pour venir vivre avec elle à Nantes, dans un petit quartier tranquille. Je me suis fais pas mal d'amis et me suis beaucoup impliqué auprès de la famille de l’un des otages enlevés au Niger.


Je les aidais à faire des traductions en arabe.


Mais niveau taf je retrouve pas la même chose ici, alors je galère pour joindre les deux bouts... Du coup j'ai enchaîné les petits boulots en intérim, la plupart de nuit, pour gagner un peu de sous en plus d'assedics que je touche. Sauf que j'en aurais omis quelques unes d'après eux, ils m'ont alors demandé de rembourser une somme d'allocations perçue, tout en me privant de mes droits au chômage.

Ça à fait boule de neige, la situation s'est enlisée, j'ai eu affaire à un mur. Je n'ai pas fai d'esclandre à l'agence, ma colère était froide, je les ai simplement prévenu que je le ferai et je l'ai fais.


Mercredi 13 Fevrier 2013 à 13h je me suis immolé devant mon agence Pôle Emploi à Nantes.((((Djamal Chaab-Post Mortem))))

Je les avais prévenu, ils le savaient bien, ils m'ont cru. Si bien qu'ils y avaient posté deux ou trois gardes à l'entrée. J'y suis passé mardi, avec mon bidon d'essence mais c'était fermé. Je voulais rentrer dans l'agence, qu'ils me voient, qu'ils brûlent un peu avec moi, alors je suis revenu le lendemain.
Ce coup-ci c'est bon c'est ouvert, la patrouille est toujours là. Je me prépare dans une rue adjacente, dernière pensée à ceux que j'aime, ma femme, mes potes, ma famille... puis je fonce, je brûle, je cours, protégé par un bouclier de flamme, sur ceux qui m'ont bousillé. Ce coup-ci ils me remarquent, ils me voient, ils crient, ils ont peur ! Je retourne enfin la violence que j'ai si longtemps ingérée...

Dans la mémoire collective, cette façon de se suicider est un moyen de dire au monde qu’il s’écroule et qu’il faut témoigner quitte à en mourir. Ce geste est un cri politique et sacré radical: à la manière des moines tibétains face à l'occupant chinois ou encore de ce vendeur ambulant tunisien, déclenchant une nuée de révolutions au Moyen Orient.

Cet homme qui à crié à notre place la rage désespérée, brute et brûlante d'un peuple, il s'appelle Djamal Chaab, il a 42 ans. Deux jours plus tard, vendredi, trois personnes lui emboîtent le pas : un lycéen, un directeur de magasin Intersport, et un autre chômeur en fin de droits.

Le samedi aprem, à Nantes, se tient un rassemblement en son nom, en son acte. Je descend dans la rue et croise un cortège recueilli, parsemé de roses blanches, marchant doucement le long du cours des 50 otages, en silence, ouvert par les proches de Djamal, portraits du défunt en main.


Je m’imprègne doucement de ce silence lourd de rage et de tristesse contenues, de ce cri silencieux qui s'articule pas à pas. Je tourne la tête, quelques visages que je connais, mais chacun regarde en soi, chacun est seul, ou plutôt avec lui. Il n'y a plus de doute c'est bien une part de moi, de nous qui s'est immolée devant ce Pôle Emploi.

Je marche doucement sur le coté du cortège, avec quelques personnes sur la chaussée, dont une en fauteuil roulant. Une voiture de flics nous colle au cul pour passer, les gens devant moi se retournent, hésitant. Je leur dis à voix basse que nous n'avons qu'à les ignorer, ils acquiescent après leur avoir jeté un regard de dédain par dessus leur épaule.

Un type avec un blouson en cuir qui marchait avec nous depuis un moment vient nous dire de laisser passer la voiture, on comprend que c'est un flic.


Il nous dit que c'est pour notre sécurité. On lui réponds qu'il n' y a aucun danger, si ce n'est pour la personne en fauteuil car le trottoir, trop haut, l'empêche de quitter la chaussée étroite. Donc on refuse gentiment de s'écarter.
Alors il aboie :-« Y a toujours des emmerdeurs ! »


On lui réponds de se taire, de dégager afin de laisser les gens se recueillir, au lieu de les insulter.

 

 

On arrive devant la Préfecture, on passe le rond point pour se regrouper sous la colonne. On forme à présent un arc de cercle face à des amis, parents et sœurs de Djamal. Les larmes précèdent les mots, les mains viennent trouver les épaules voisines, des personnes s’enlacent et toutes les joues autour de moi rougissent et commencent à ruisseler, celles des gosses comme celles des vieilles, militants et moins militants.

Une lame de fond monte de mon estomac à mon sternum, du sternum au larinx. Je choisis de ne pas résister et accueille la vague qui me submerge. Je lâche ce déferlement de rage, de tristesse, mes mâchoires se serrent. Mes yeux sont deux rivières. Sentiment d'unité profonde avec le groupe.

En quelques secondes la situation bascule, face à moi de l'autre côté du boulevard, des bruits de klaxons aigus nous parviennent, puis des couleurs bleus, roses, des sourires, mèches blondes dans le vent, des sonnettes, tout un cortège festif de vélos... puis un drapeau que je reconnais immédiatement, celui des anti-mariage gay !!!


Les yeux embrumés, les joues toujours ruisselantes, je pouffe de rire, trouve la situation tellement décalée, tellement drôle...


En quelques secondes les visages endoloris se tournent vers les « trouble-deuils », ma surprise de départ devient colère, et nous sommes à présent un vingtaine à fondre sur eux, à leur demander de se barrer (et en silence!), que c'est pas le moment de venir déverser leur venin homophobe et religieux, mais là vraiment pas !


Du coup on récolte du « nous aussi on a le droit de manifester, c'est ça la démocratie ! » sur un ton gueulard, quelques sourires narquois, et même un « attendez, moi aussi je suis chômeur ! », le tout sur un redoublement de sonnettes et klaxons insupportables.


Là on se met à sévèrement les avoiner ces familles blanches et proprettes à vélo qui défilent fièrement, mèches au vent, oppresseurs du dimanche, et grands défenseurs d'une morale violente et archaïque, drapés dans leur bon droit démocratique d'être là, face à nous.

 

Les insultes partent, les bras fendent l'air, des ballons pètent et des drapeaux sont arrachés.



En quelques secondes, deux fourgons de CRS se déchargent de leur vermine, un petit bloc de 6 ou 7 clébards bien énervés, casqués, boucliers en mains, vient au contact afin de protéger le joyeux cortège... Je vois les flics taper dans le tas, une matraque ce lève, et éclate le visage d'une personne, ça gueule, ça pousse les boucliers de plus belle, une dame tombe violemment à terre, deux jets de lacrymo badigeonnent alors le groupe.

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D'autres personnes recueillies, voyant la scène, débarquent en hurlant aux flics de se barrer...



De mon côté, j'ai le sentiment d'être invisible, je suis derrière les CRS, submergé par la marée fière de vélos qui défilent, arrachant un drapeau par-ci, décochant un coup de pied par là, hors de moi.


En me retournant, j'aperçois le portrait de Djamal jonchant le sol, visage souillé par une semelle de Ranger ! Là je deviens fou, je fonce dans leurs jambes pour récupérer sa photo, bouscule le flic et parviens à ramasser la photo que je viens coller à la visière du chien, en lui expliquant bien qu'il n'y est pas pour rien dans son suicide, que le monde qu'il défend est une machine à broyer des vies.

Leur chef à côté me dit de dégager, il me pousse, je colle mon visage rouge et humide au sien, en lui exprimant mes pensées.


Au bout de quelques secondes ils reculent sous les insultes et les crachats, s'évaporant en même temps que le joyeux cortège homophobe.

Les esprits sont secoués par les coups et les gaz , les larmes de source policière se mélangent à celles du deuil, une flaque de sang gît sur la dalle de béton.

Djamal Chaab est mort. Il a retourné cette violence contre lui. D’autres décideront peut-être qu’il vaudra mieux brûler les banques ou les commissariats. Parce que leur monde aussi est en fin de droits !!

 

((Texte diffusé initialement sur IndyMédia-Nantes. Relayé et  configuré par nos soins. N.I))

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Published by Nosotros.Incontrolados//Les Amis du Négatif - dans GUERRE SOCIALE
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commentaires

Steph 21/02/2013 11:22


Comment ça la toph n'apparait pas bien chère Gèneghys?


http://nantes.indymedia.org/cache/imagecache/local/attachments/feb2013/460_0___30_0_0_0_0_0_p1020191.jpg


Et ainsi? Le "link" fonctionne-t-il?


Je procèderai à la relecture de ton envoi dès mon retour du CHU de Caen, cet après'm'...Te retournerai le tout en début de soirée.


Merci Sam pour ce commentaire "envolé". Ce tocard d'empaffé qui beugle "moi aussi je suis au chômage" n'a certes pas inventé la paille de la poudre, ni même la poutre...Il est de ceux qui
niaiseux veulent être "tout" en tous temps et hors temps. Au fil des évènements sont-ils tout-à-coups grotesques à l'envie et articulent-ils sur tous les ton au gré des circonstances:-" Nous sommes tous des américains"(Election de Obama), -"Nous sommes tous des
Tunisiens..."(élections suivant le "printemps" où l'on voit se bousculer les voraces de la sous clique à claque "ben-aliïstes" ou celle des barbus), -"Nous sommes tous des Italiens..."(suite au tremblement de terre...), -"Nous sommes tous
des..."(suit la désignation des victimes d'une catastrophe, d'un évènement politique heureux ou malheureux, érigé en spectacle, en "prêt à consommer" mis à leur
disposition)....


Invariablement...Ils sont tout, tout en n'étant jamais véritablement autre chose que des thons avides
d'auto-contemplation passive, de vie par procuration!

Sam Telam 21/02/2013 09:27


J' y crois pas...mais la douleur et le desespoir d' une famille est-elle devenue chose si négligeable que d' aucuns osent les bafouer en public? 


Et l' auteur du "je suis au chômage, moi aussi", sous-entendu, "je ne m'immole pas pour autant", comment ose-t-il, ce blaireau, porter un tel jugement de valeur sur des faits dont il n' a
evidemment qu' une connaissance partielle, ce que les médias ont bien voulu lui livrer. Et les médias cherchent à vendre....d' où la recherche du Spectack, coco! du sensationnel,
du saignant.....les lasagnes au canasson ne doivent pas suffire à combler leurs appétits de scoops et autres billevesées au grand profit de leurs tronpas, les marchands d' armes et leurs
conneries en rafales.


Je ne peux affirmer que c 'est toujours vrai, mais il y a 20 ans, on a calculé que si tous les frais de fonctionnement,  cotisations patronales et salariales, salaires, loyers,
immobilisations diverses, fournitures,consommables, abonnements en énergie en communication,etc....du "traitement du chômage" était reversé aux acteurs: fonctionnaires, chômeurs. Tout le monde
vivrait plus que correctement.


Mais voilà, il y a les ceusses qui bossent qui vont être jaloux des ceusses qui chôment. Et ces cons-là, lorsqu' on leur propose de partager la charge de subvenir aux besoins, ne
trouvent rien de mieux que de continuer dans leur aliénation...


Et je suis poli, parce qu' en place d' aliénation, c 'est de CONNERIE dont il faudrait parler....La FIERTE DE SE FAIRE EXPLOITER.....avec l' INSECURITE SCIEMMENT ORGANISEE...le chaos pour
stratégie (Hannah Arendt, Naomi Klein)


Et ils osent appeler ça "anarchie".....les pauv tâches!!! Evidemment aucune visite du dico éthymologique, pour décoder le mot...peu importe qu' il existe des thesauri des mots clés, des
références psychosociologiques CRITIQUABLES, qui sont vraies aujourd'hui mais fausses demain, on s 'en bat la lasagne, ça glisse sur la sémantique comme dans la purée de minerai de viande
décongelée...et ça pue!!!!


Qui a dit que les "sciences humaines" ne servaient à rien?


La violence institutionnelle ne peut trouver aucune justification, n' en déplaise à Weber, l' autorité proclamée. Pour en arriver à l' immolation, au suicide, il ne faut plus avoir aucune porte
de sortie et décider que Basta!! et il faut du courage pour passer à l' acte.


Oui! Djamal a retourné la violence et l' insécurité sciemment organisée contre lui. mais combien d' entre nous, ne sont pas passés loin? et ce fut mon cas, plusieurs fois.


Combien de fois sommes-nous morts symboliquement pour renaître, sans nous résoudre au Fatalisme? En découvrant de nouvelles raisons de lutter contre la PENSEE FASCISTE, celle qui institue la
guerre de tous contre tous.


Et que penser de ces crétins sans H, qui, adorent un type souffrant sur une croix qui, selon leurs évangiles, les adjura de " s'aimer les uns les autres" et qui ne respectent pas la douleur d'
une famille en deuil...?


Sam


 


 

geneghys 20/02/2013 16:11


J'aimerai bien relayé, parce que c'est beau...mais où qu'elles sont, les fotos!!