Nouvelles de
Mike
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Non Fides - Base de données anarchistes
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Le 16 octobre 2012, j'ai été convoqué chez une JAP (juge d'application des peines) pour discuter des formes que
prendra la condamnation à une année de prison dont 6 mois avec sursis simple prononcée contre moi au procès du 25 mai 2012 en relation avec l'explosion du 1er mai 2009 à Cognin (73).
Après de longues et nombreuses réflexions, je suis finalement resté dans une ligne politique proche de la
rupture face aux autorités juridiques tout en plaçant cette rupture dans un profond conflit avec le concept même d'autorité et les dérives carcérales et étatiques qui en découlent. J'ai également
refusé d'entrer dans les cases de la sédentarisation et du travail salarié, confirmant ainsi ma détermination à ne pas m'intégrer dans leur misère sociale.
Les conséquences de ma position, et ma volonté de ne pas entrer dans un dialogue et une pacification du conflit
nous opposant ont fait que la question même des aménagements de peines n'ont pas été abordés par l'AP (administration pénitentiaire) et que je suis convoqué le 7 janvier 2013 à la M.A. (maison
d'arrêt) de Chambery pour y purger le restant de cette peine (4 mois fermes, 2,5 mois en comptant les hypothétiques remises de peines).
Contrairement à ce que prétend la justice, qui essaya en vain de me le faire signer, ce n'est pas une détention
volontaire, c'est la visibilisation d'un rapport de force où les armes sont inégales et leur pouvoir de nuisance sur ma vie est tel que j'ai décidé (en gardant la possibilité de changer d'avis) de me rendre en prison.
Malgré ce rapport de force, mon désir d'un monde sans domination n'en est que renforcé et ma détermination à
lutter contre toutes les formes d'autorité ne peut qu'être de plus en plus grande. J'en profite également pour remercier les divers groupes et individus ayant partagé les discussions et les
réflexions qui m'ont aidé à aboutir à mes prises de positions actuelles. Lors de ma mise en détention, mon adresse ainsi que mon numéro d'écrou seront diffusés et les courriers seront les
bienvenus. Parce qu'ici et ailleurs, nos existences et nos espaces de vies ne sont pas aménageables, détruisons ce qui nous détruit et finissons-en du concept d'autorité et de domination. {{Que
crève ce monde de merde !!!}} {Mike}. ____ {{{Semis de Liberté}}}
{{ {réflexions autour des aménagements de peine} }}
Suite au verdict et aux diverses formes d'enfermement pouvant en découler, il me semble important d'essayer de
mettre en mots quelques unes de mes réflexions. En comptant les deux mois déjà passés en préventive, il me reste donc 4 mois fermes à purger et 6 mois avec sursis pour les 5 prochaines
années.
Spontanément, mon premier réflexe fut l'envie de fuir cette situation, mais rapidement j'ai été découragé par
l'isolement, l'énergie et les moyens techniques que requiert une cavale en bonne et due forme et la peur de voir mon quotidien, mes projets et mes liens sociaux rythmés une fois de plus par la
psychose de l'enfermement.
Malgré ma volonté politique d'insoumission à l'AP (administration pénitentiaire) et le désir de leur rendre la
tache la plus dure possible, j'ai quand même rapidement conclu que ma fuite causerait plus de dégâts sur ma vie et celle de mon entourage que les quelques mois d'enfermements prononcés contre
moi. J'ai donc essayé de me projeter dans les diverses formes que pourrait prendre mon enfermement afin d'anticiper les conséquences qu'aura cette condamnation dans mon quotidien et celui de mes
proches.
Face aux différents types de détentions mis en place par l'AP pour les courtes ou fin de peines (semi-liberté,
bracelet électronique), de nombreuses questions concernant ces différents aménagements de peine sont apparues et se sont affinées au fil des réflexions individuelles et collectives. _ C'est donc
sur la dualité entre le « choix » de l'aménagement de peine et celui de la prison ferme que va se porter la suite de ce texte.
Parce que le choix d'un aménagement de peine comme amélioration du quotidien n'est valable que dans une logique
carcérale, il est donc primordial pour moi de me poser de réelles questions sur les formes que peut prendre l'enfermement durant cette période, afin que ma « décision » ne soit pas conditionnée
par l'AP mais le fruit de réflexions collectives et individuelles visant à limiter les conséquences des contraintes en découlant, tout en gardant une cohérence politique.
Dans une situation ou les aménagements de peine permettent d'augmenter massivement le nombre des personnes sous
contraintes carcérales tout en réduisant considérablement leurs coûts, ils introduisent quotidiennement ces contraintes au sein même des sphères publiques et privées de la population et
garantissent une main d'œuvre docile et exploitable à moindre prix grâce aux moyens de chantage et de contraintes encore plus importants que dans une situation salariale classique, il m'est
impossible de ne pas être sceptique face aux pratiques judiciaires visant à étendre l'enfermement hors des murs des prisons.
Il est cependant vrai qu'un aménagement de peine peut permettre d'avoir plus de lien sociaux avec nos proches
car les possibilités de rencontres et de communications ne sont plus soumises au formalisme et à l'arbitraire des parloirs, que sans l'intermédiaire et les limitations des cantines et avec la
possibilité de pouvoir cuisiner, de se procurer nos aliments, de se doucher quand nous le désirons, d'entretenir une partie de sa vie sociale, affective et sexuelle… on conserve une bien plus
grande autonomie dans ce qu'il reste d'un quotidien en comparaison de celui vécu entre les murs d'une prison. _
Mais cela est-il vraiment représentatif de la réalité d'un aménagement de peine ? Dans ma situation personnelle
de refus de la sédentarisation et du travail salarié, aménager cette peine reviendrait inévitablement à participer à l'élaboration des formes de la sanction et par conséquent faire du partenariat
avec l'AP. Durant les quelques années vécues sous contrôle judiciaire, j'ai eu le temps et les occasions pour affiner quelques réflexions sur les contraintes carcérales hors des murs, j'ai pu
constater que lorsqu'on est « enfermé dehors », nos attentes se tournent automatiquement vers notre entourage et, quels que soient les outils mis en place, les déceptions apparaissent. _
Faire le choix d'un aménagement de peine reviendrait donc à avoir des frustrations vis à vis de mes proches au
lieu de les diriger contre l'état qui est à la base de mes oppressions.
Vivre une réalité carcérale à l'extérieur me mettrait dans une situation d'isolement puisque je me retrouverais
seul à vivre cette oppression parmi des gens avantagé.e.s sur leur liberté de mouvement. Vivre une telle situation d'isolement entrainerait obligatoirement des hiérarchies sur la répartition des
tâches et des attentes affectives au sein de mes relations sociales et, même avec une réelle volonté et en y mettant une attention particulière, il me serait impossible que les conséquences ne
s'incrustent pas dans mes liens sociaux et envers mes proches.
Etre enfermé dans une cellule dont la porte reste ouverte m'obligerait à refaire le choix de l'enfermement à
chaque fois que je serais tenté de la franchir, cela reviendrait à m'autodisipliner continuellement de sorte à m'interdire toutes pulsions visant à mon émancipation sociale, politique et
affective.
Dans un mode de vie collectif cela reviendrait à partager les rôles de matons et entrainerait inévitablement des
relations sociale ou la répression se mélangerait aux autres paramètres demandant une gestion quotidienne. Dans ma période de contrôle judiciaire, j'ai aménagé mon équilibre social en créant des
brèches dans les contraintes imposées et accepter un bracelet électronique reviendrait à supprimer ces espaces de liberté sans lesquels mon équilibre social ne peut qu'être lourdement
affecté.
Cependant, les réalités carcérales actuelles ne permettent pas de connaître sa date de sortie puisque à tout
moment, une infraction commise en détention peut aboutir à une nouvelle condamnation et entrainer donc un allongement de la durée de l'incarcération.
Ayant des revendications et essayant d'avoir des pratiques anti-autoritaires dans mon quotidien, il m'est
difficile d'imaginer une réalité carcérale sans conflit avec l'AP et cela reviendrait à me projeter dans une période ou je serais sans cesse tenté d'étouffer ma conscience et mes instincts de
révolte dans la perspective de ne pas prendre de peine supplémentaire en cours de détention.
Faire le choix d'être incarcéré reviendrait à perdre le contrôle sur les formes que prendrait cette condamnation
et laisserait la possibilité à l'AP d'organiser mon quotidien durant la période d'enfermement, de choisir le lieux d'incarcération, d'avoir un regard sur mes liens sociaux à l'extérieur via les
parloirs, les courriers, etc.
Ce choix entrainerait également que mes amitiés soient affectées par une séparation physique et reposeraient
presque uniquement sur la confiance existante et celle pouvant être créée et entretenue par la solidarité via des actions, du courrier ou des parloirs et mon entourage physique sera très
restreint et limité aux quelques personnes ayant un droit de visite.
Sans une attention particulière aux ressentis de chaque personne de mon entourage, il me paraît probable qu'une
certaine hiérarchisation entre mes relations soit accentuée et puisse être une source de conflit chez des personnes déjà suffisamment affectées par la situation. Mais ce choix reviendrait
également à construire de nouveaux liens sociaux dans mon quotidien sans déséquilibre puisque je le partagerais avec des personnes vivant la même réalité carcérale et que cela me pousserait à
diriger mes frustrations sur les causes de mes oppressions et non contre mes proches.
Dans ma période d'incarcération préventive, j'ai le souvenir de fantasmer sur le monde extérieur, sur la force
de mes relations affectives et d'avoir envie de croquer la vie à pleines dents dès ma sortie. Face aux souvenirs de déprime et de frustrations sociales ressenties lors du début de mon contrôle
judiciaire et de mes difficultés à retrouver un épanouissement social et affectif, il me parait plus confortable de me projeter dans une réalité carcérale afin de me préserver de mes frustrations
sociales que de me projeter dans une situation où de nombreux éléments me rappelleraient une période de ma vie particulièrement éprouvante.
J'ai également conscience que le décès de Zoé m'a plongé dans une réalité où tout mon équilibre social et
affectif a été modifié. Les quelques mois de détention me permirent de vivre cela isolé dans une sorte de bulle et je n'ai eu réellement conscience du vide occasionné par sa mort et de ses
conséquences dans ma vie qu'une fois sorti de prison.
Ma détention préventive s'ajoutant à une situation de reconstruction physique et psychique, j'ai vécu cette
période dans un mode de survie et que je n'ai laissé que peu de place à mes sentiments et frustrations, et que ceux ci n'ont pu apparaître qu'une fois sous contrôle judiciaire.
En écrivant ces quelques lignes, je me rend compte qu'il est difficile pour moi d'être rationnel dans ce que je
ressens face à la dualité bracelet-prison car cela fait référence à des périodes complexes de ma vie, dont je n'ai pas encore pris suffisamment de recul pour affronter et comprendre le rôle de la
répression, du deuil, des répercussions physiques de l'accident, les nombreuses autres conséquences affectives et leurs liens avec ma situation actuelle.
Parce qu'au final ce choix n'est pas le mien, et que jamais je ne ferai le choix d'être enfermé dans une prison
ou sous surveillance électronique, mon choix se limite à éviter l'aménagement de peine ou la détention en régime fermé.
D'un point de vue personnel, je n'arrive toujours pas à anticiper la position que je prendrai face au JAP (juge
d'application des peines), si je tenterai ou non d'aménager ma peine, et je trouve primordial d'avoir la liberté de changer d'opinion autant de fois que nécessaire.
Cependant, ma conscience politique et mes pratiques de lutte anti-autoritaire font que si je cherche une
cohérence, je ne peux qu'être contre les aménagements de peine et que l'option rendant la tâche la plus difficile et la plus couteuse à l'AP est celle de la détention en régime fermé. Mais il me
parait indispensable d'être également attentif à mon équilibre affectif et social au moment où j'y serai confronté afin qu'un dogme politique ne soit pas le seul paramètre qui influence ma
position.
Le plus important à mes yeux n'est donc pas la décision finale résultant de cette situation mais les outils
permettant de construire et d'affiner des réflexions autour de cette question, et faire en sorte qu'elles puissent alimenter des discussions et des pratiques, collectives comme individuelles,
dans les luttes anti-carcérales et anti-autoritaires de cette société. {{Force et courage à celleux qui luttent contre
toutes formes d'enfermement}}
{Mike}.
{Pour un contact, des critiques ou autre : soutien25mai [a] riseup.net}
Editeur : Non Fides - Base de données
anarchistes
http://www.non-fides.fr
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