Les deux compagnons, Alessandro Settepani et Sergio Maria Stefani, ont été arrêtés à bord d’une voiture volée, et la police les accuse de « tentative
de sabotage sur les voies ferrées », et plus largement de « participation à une association subversive d’inspiration anarcho-insurrectionnaliste ayant pour but la réalisation
d’actions criminelles à visée terroriste et au renversement de l’ordre démocratique ». Une accusation déjà formulée par l’Etat italien lorsque l’opération « Cervantès », entre
2003 et juin 2004, avait abouti à une centaine de perquisitions sur tout le territoire italien, 36 mises en examen et quatre incarcérations, dont Sergio Stefani, qui sera relâché et acquitté en
2006.
Il avait déjà été accusé de vol aggravé en mai 2006, et condamné à deux ans et huit mois de prison pour avoir placé un engin explosif (qui n’a pas explosé)
devant une boucherie d’Arezzo, en Toscane. La police l’avait également arrêté à bord de sa voiture et saisi des brochures anarchistes insurrectionnalistes détaillant la fabrication d’engins
incendiaires et explosifs.
Ici la police aurait arrêté les deux compagnons alors qu’ils s’apprêtaient à poser des crochets métalliques sur les caténaires de la ligne Orte-Ancona.
D’après la presse, les crochets auraient été fabriqués selon les schémas indiqués par un manuel « clandestin » intitulé Ad ognuno il suo. 1000 modi per sabotare
questo mondo : « Mille façons de saboter ce monde. A chacun la sienne ».
Cette opération, baptisée « Shadow » par les carabiniers, a pour but d’établir des liens entre plusieurs personnes déjà visées en octobre 2007
(dont le jugement est actuellement en appel à la Cour de Terni) et des groupes affinitaires de la même région. L’armée explique également que les anarchistes inscrivaient cette action dans une
plus vaste « campagne révolutionnaire » en lien avec des groupes similaires opérant en Espagne et en Grèce.
La méthode n’est pas nouvelle. Si nous semblons en France découvrir ce genre de campagne, avec l’apparition somme toute récente de la notion de
« mouvance anarcho-autonome », et les récentes poursuites engagées par l’Etat français, les compagnons italiens font face à ce type d’accusations depuis plusieurs années déjà
(« bande armée », « association subversive », « organisation révolutionnaire anarchiste insurrectionnelle »).
On le constate avec les différentes affaires regroupées par la justice française sous le régime anti-terroriste : une tentative d’incendie d’un véhicule de police devant le commissariat de
Clignancourt en mai 2007, transport des plans d’une prison pour mineurs et de brochures de fabrication d’engins incendiaires, et transport de matériel « potentiellement explosif »-
des fumigènes artisanaux- en janvier 2008, sabotages de caténaires sur les lignes de train en novembre 2008, fabrication d’engins explosifs en mai de cette année à Chambéry), il semble que les
États cherchent à harmoniser leurs stratégies répressives au niveau européen, en fabricant des catégories similaires, permettant d’infliger des peines très lourdes et de mobiliser tout un
arsenal de contrôle (contrôles judiciaires, prison préventive, gardes à vue prolongées, interrogatoires, perquisitions, filatures, écoutes téléphoniques, mouchards audio/vidéo dans les
voitures, logements, squats etc.).
Au-delà des catégories forgées par l’ennemi, qui ne répondent qu’à ses critères (hiérarchie, leader(s), organisation centralisée, terreur, « lutte
armée »…) et qui visent à séparer les bons des méchants, les « libertaires pacifiques » des « terroristes anarchistes », les « coupables » des
« innocents », il ne tient qu’à nous, par delà les frontières, de manifester une solidarité agissante contre l’Etat et contre tout ce qui contribue à nous rendre esclaves. Comme le
disaient des anarchistes du Salento il y a peu : « Nous envoyons notre solidarité à ces rebelles, qui se trouvent sur la mauvaise route, et que nous ne pouvons que sentir comme des
camarades, parce que c’est sur cette mauvaise route que nous nous trouvons également. Et même si nous n’avons pas encore eu l’occasion de nous y rencontrer, nous savons que nous allons dans la
même direction. Vers la même destination aussi. »
Leur justice est la même, leurs prisons sont les mêmes, que nos révoltes se joignent à celles de nos compagnons anarchistes d’Italie et d’ailleurs,
qu’elles ravagent ce monde de domination et d’exploitation.
Des anarchistes,
Samedi 4 Juillet 2009.
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